
Rapports d'activités 2008 - 2009 // Avant-propos
Si l’on prend comme point de repère les objectifs que, dès le premier conseil d’administration de l’établissement public, à l’automne 2004, nous nous étions fixés et dont nous n’avons pas démordus, il semble qu’on puisse, pour l’essentiel, considérer qu’ils ont été atteints à l’automne 2009.
Nous voulions d’abord renforcer le potentiel numérique de l’école, la doter - comme il a été écrit dans divers textes et notes d’orientation, à la suggestion du président de notre conseil d’administration, Bertrand Éveno – d’une véritable « colonne vertébrale numérique ». On peut estimer que cela a été fait : tous les outils informatiques ont été multipliés, régulièrement renouvelés et modernisés, des licences ont été acquises en plus grand nombre, un site et un extranet ont été créés ; les espaces mobilisés par ce déferlement numérique n’ont cessé de croître dans un bâtiment dont la superficie utile demeurait la même ce qui, nécessairement, a eu quelques conséquences sur l’équilibre entre les différentes fonctions et activités. Les dernières en date parmi les acquisitions dans ce domaine sont arrivées, l’une au printemps 2009 - un imageur « Chromira » permettant les tirages sur papier argentique à partir de fichiers numériques – l’autre pendant l’été avec le don, inespéré, d’un scanner rotatif. L’installation de la première a entraîné quelques lourds travaux d’aménagement dans le sous-sol de l’établissement, au niveau du laboratoire couleur ; quant à la seconde, elle n’est pas encore définitivement posée dans un lieu spécifique. Il n’est peut-être pas inutile de souligner que l’espace remodelé pour installer la Chromira n’a pas seulement l’allure d’un laboratoire hi-tech, il est également une réussite en termes de réhabilitation de l’architecture patrimoniale.
Le second objectif recommandait l’inscription de l’ENSP dans un réseau de relations mondiales. On peut estimer, là aussi, que les choses ont bien avancé : l’ENSP a d’abord rallié en 2004 le réseau ERASMUS de l’Union Européenne, moins pour les subsides auxquels cette inscription lui donnait accès – lesquels sans être négligeables demeurent malgré tout modestes, complétés fort heureusement par une aide, plus généreuse, du Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur – mais surtout parce que ce réseau institutionnel vaste et structuré constitue désormais un point de passage incontournable pour toute institution d’enseignement supérieur européenne. Grâce à cette inscription, des liens réguliers ont ainsi pu s’établir en Europe avec des écoles d’art allemandes, espagnoles, tchèques, finlandaises, belges, portugaises et anglaises. Chaque année, ce sont un ou deux nouveaux pays qui élargissent ce réseau. Hors d’Europe, des relations très productives ont été tissées avec l’école de théâtre et de cinéma d’Ho Chi Minh Ville, l’International Center of Photography (ICP) de New York, le Centro del Imagen de Lima, le Sénac de Sao Paulo. Des liens plus diffus existent avec le Mexique (Monterrey), l’Argentine (deux écoles à Buenos Aires), la Californie (San Fransisco), l’Egypte (Alexandrie), la Tunisie (Tunis), le Liban (Beyrouth) et la Chine (Canton). Indépendamment des échanges de professeurs et d’étudiants, ce sont également des expositions valorisant les travaux d’anciens étudiants, que l’ENSP fait circuler non seulement en France mais aussi à l’étranger (Italie, Espagne, Pays-Bas, Suisse, Pérou, États-Unis d’Amérique …) - et des projets de recherche partagés avec certains partenaires, notamment l’ICP, projets dont la préfiguration a d’abord pu être largement débattue et esquissée à l’automne 2008 lorsque Robert Blake est venu, en tant qu’artiste invité, passer un trimestre à l’ENSP avant d’être validés par la direction des deux écoles, à New York, en janvier 2009.
Le troisième objectif concernait la recherche. Même si on peut estimer que ce domaine est encore fragile, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui il existe et que la préoccupation concernant la recherche est devenue récurrente dans l’institution. Pour cela, l’’ENSP s’est associée avec l’École Normale Supérieure de Lyon et le Studio National des Arts contemporains du Fresnoy afin de développer avec eux une réflexion sur « le destin des images » qui a déjà donné lieu à un certain nombre de textes et à deux rencontres, l’une à Lyon pendant la manifestation « Lyon Septembre photographique » à l’automne 2008, l’autre à New York pendant l’hiver 2009 à l’occasion de l’inauguration à l’ICP d’une exposition intitulée « Curious memories », présentant les travaux de six anciens étudiants. Progressivement, la pédagogie prend en compte l’intégration de cette activité dans le cursus mais, comme il est expliqué à la rubrique « Recherche » de ce rapport, la notion elle-même ne peut, sans autre forme de procès, être importée du cursus universitaire vers celui des écoles d’art. Il s’agit là d’une affaire complexe et passablement conflictuelle qui a au moins le mérite de poser la question de ce que recherche peut signifier en art.
A ce même registre, il faut rattacher la revue « Infra-mince » dont l’équipe pédagogique considère qu’elle est en elle-même un outil de recherche ; le cinquième numéro paraîtra cet automne aux éditions Actes Sud, comme chaque année, à la veille de la manifestation « Paris-Photo ».
La création d’un secteur de formation professionnelle venant renforcer et permettant de rénover celui de la formation pour amateurs (plutôt « cours du soir » qu’autre chose jusqu’ici) constituait le quatrième objectif. Il a fallu plus de temps que prévu pour que son démarrage devienne effectif car la complexité du contexte juridique, politique et financier encadrant cette activité ayant été à l’origine sous-estimée il fallait commencer par l’explorer puis l’assimiler et le maîtriser avant de s’y aventurer sérieusement, parce qu’il était également indispensable de régler le problème du lieu de son implantation - le bâtiment de la rue des Arènes, n’ayant absolument plus la capacité d’accueillir à la fois des stagiaires et l’équipement requis par leur formation. Ces questions ont été progressivement résolues au cours des deux dernières années et c’est à partir de l’automne 2008 que de véritables sessions – dont il est rendu compte dans ce rapport – ont pu se dérouler. Bien que nous soyons encore dans une phase expérimentale, le secteur existe désormais bel et bien, il fonctionne et, même si son fonctionnement peut encore être largement amélioré, il donne les résultats attendus. 2008- 2009 a donc été, de ce point de vue, l’année d’un véritable démarrage.
Le cinquième et dernier objectif - développer une formation préparatoire à la conservation et à la restauration des oeuvres photographiques et vidéographiques - est celui dont nous sommes encore le plus éloigné. Il est en réalité normal qu’il en soit ainsi car ce chantier exige comme le précédent espace et équipements spécialisés, sans compter une réflexion préalable afin de penser son articulation avec le cursus général. Toutefois, des contacts ont été pris, d’un côté avec l’Institut National du Patrimoine où Anne Cartier-Bresson a manifesté un réel intérêt pour une formation conçue sur mesure afin de permettre aux étudiants de l’ENSP d’intégrer le cursus de l’Institut à un niveau acceptable pour eux, de l’autre avec l’école d’art d’Avignon laquelle disposant déjà d’une section de restauration généraliste se montre très intéressée par ce que l’école voisine d’Arles pourrait apporter en matière de spécificité photographique. Dans les deux cas, ce qui séduit de possibles partenaires dans cette proposition tient à la combinaison, caractérisant l’enseignement à l’ENSP, d’un savoir intégrant pleinement la dimension technique des images avec une approche artistique. Il s’agit donc d’une affaire déjà bien engagées, qui pourra être rapidement déployée dès que les conditions matérielles le permettront.
À cette récapitulation rapide des objectifs visés et atteints, il faut ajouter, en connexion avec au moins deux d’entre eux, la mise en conformité de l’organisation du cursus suivant les recommandations européennes du « processus de Bologne » - introduction des crédits ECTS comme système d’évaluation, publication annuelle du livret de l’étudiant, intégration de la recherche à l’organisation pédagogique d’ensemble, etc. - tout ceci, dans la continuité et le respect des spécificités pédagogiques d’une école d’art comme celle d’Arles dont l’architecture générale du cursus dépend presque exclusivement des choix collectifs et individuels effectués, constamment évalués et remis sur le métier par l’équipe pédagogique permanente. Sans qu’il faille pour autant se montrer triomphaliste, il faut croire que ce prototype n’est pas sans qualités puisque les résultats du diplôme ont été, au printemps 2009, au moins aussi remarquables qu’ils l’avaient été en 2008 : 22 présentés, 22 reçus dont 4 avec mention et 11 avec les félicitations. En revanche, l’homologation au grade de master du diplôme de l’école dont on avait espéré qu’elle aurait pu se concrétiser au cours du second, voire du premier semestre 2009 n’a pas eu lieu pour un ensemble de raisons n’ayant que peu de chose à voir avec l’établissement lui-même et bien davantage avec un contexte général de contestation véhémente dans le monde universitaire et chez les acteurs de la recherche visant en particulier l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES). Il faut espérer que la DAP saura très vite rendre les modalités de cette homologation acceptable et que les étudiants de l’ENSP pourront en bénéficier rapidement. Afin d’accélérer le mouvement, la direction de l’ENSP s’est depuis quelques mois rapprochée des trois autres écoles supérieures d’art qui, comme elle, délivrent un diplôme d’école et souhaitent obtenir l’homologation dans les meilleurs délais possibles: l’ENSBA, l’ENSAD et l’ENSCI.
Les questions d’espace (non seulement les surfaces utiles mais leur organisation logique et leur efficacité pédagogique rapportées à la finalité de l’institution) sont, on l’aura noté, relativement obsédantes. L’installation sur le site des anciens ateliers SNCF, dont il sera question ci-dessous, apportera sans aucun doute la solution espérée à ce double besoin de plus en plus criant. En attendant, il faut bien trouver des solutions de fortune. L’une d’entre elles a consisté à louer un local à proximité de l’école pour y installer la formation continue et le bureau des expositions, l’autre, fin 2008, à constituer un dossier au moment de l’annonce du plan de relance de l’État afin de pouvoir bénéficier des crédits disponibles. L’approbation de ce dossier a permis d’engager dès sa notification des travaux dans le bâtiment attenant à l’établissement (14 rue des Arènes), acquis par la Mairie il y a une dizaine d’années et inclus depuis deux ans dans le bail emphytéotique de l’École, travaux qui, pour deux raisons, n’avaient jamais été entrepris jusqu’ici : la première pourrait être qualifié de mirage, celui d’une rapide installation sur le site des anciens ateliers SNCF, la seconde est moins exotique et relève surtout d’un défaut permanent de crédits suffisants pour engager sérieusement les choses. Grâce au soutien très actif et efficace de l’EMOC, le dossier a progressé à très grande vitesse puisque le concours d’architecte, la programmation, les travaux de démolition et le choix de l’entreprise ayant eu lieu dans les règles avant l’été, le chantier de rénovation est en route depuis la mi-Septembre, ce qui devrait nous permettre de passer sous les fourches caudines des délais très contraignants du plan de relance et d’envisager une possible occupation des nouveaux locaux au printemps 2010.
Il s’agit là d’une solution intermédiaire et provisoire, qui donnera incontestablement une bouffée d’oxygène à l’école tout en permettant de rapatrier formation continue et bureau des expositions au sein du bâtiment - mais qui sera très loin de régler l’essentiel, à savoir une articulation générale et une distribution des espaces dans un ensemble beaucoup plus vaste finement adapté aux fonctions de l’institution ; et cela d’autant moins que, si à l’actuel volume des crédits programmés n’est pas ajouté une enveloppe complémentaire, ce sont seulement deux niveaux du bâtiment et non trois qui pourront être mis aux normes et investis. La Ville d’Arles, propriétaire de cette maison, ayant finalement annoncé qu’elle ne pourrait pas fournir cette enveloppe complémentaire, nous a récemment renvoyé vers les conseil régional et général, sans qu’aucune assurance puisse nous être donnée que ces derniers répondront positivement à la demande que nous leur avons adressée.
C’est à ce point qu’il faut parler d’avenir et le faire aussi clairement qu’il est possible. L’ENSP a maintenant atteint les limites de ses possibilités et il n’est pas abusif de dire qu’elle les a même dépassées. Il ne s’agit pas seulement d’une question d’espace, même si elle est brûlante, mais de fonctionnement général et de projets. L’installation dans le Parc des Ateliers n’est pas une vague option, elle est la seule solution possible à une mutation indispensable. Intégrer l’institution dans un ensemble comprenant la Fondation LUMA, les « Rencontres d’Arles » et les éditions Actes Sud, au sein d’un véritable campus voué à la recherche et à la diffusion dans le domaine de la photographie, du livre et, plus généralement, des images et de l’art contemporain - dont on nous prédit de surcroît qu’il sera également un parc largement ouvert sur la ville - représente évidemment un défi auquel il importe de produire une réponse au niveau approprié. Tout ce qui a été entrepris au cours des six dernières années et qui est dans ses grandes lignes décrit ci-dessus visait à expérimenter sur une échelle réduite les fonctions que pourrait assumer non plus sur le mode de l’échantillon mais dans un format démultiplié une nouvelle école : équipements professionnels et inventivité technologique, réseau d’échange et de recherche à l’échelle mondiale, résidences d’artistes français et étrangers, publications, expositions, formations pour amateurs et formation professionnelle continue. Le rapprochement, obstinément voulu de part et d’autre, qui au cours des six dernières années s’est effectué entre les « Rencontres » et l’ENSP (voir les rubriques « partenariat », « expositions », « séminaires » de ce rapport) exprime une volonté commune de faire de ce site un ensemble cohérent conjuguant des compétences diverses, les associant dans des initiatives partagées et éventuellement co-gérées afin de présenter à un très vaste public une cartographie variée, lisible et de haute qualité de tout ce qui se fait et de ce que peut offrir un tel endroit. Dans tous les domaines, la mutation de l’école doit être, d’ores et déjà, pensée en fonction de ses nouveaux voisins et partenaires. C’est la chance de ce projet que de pouvoir rassembler des entités différentes et complémentaires jouissant toutes d’une flatteuse réputation ; ce sera son originalité de pouvoir, dès le départ, les concevoir et les agencer de façon à ce qu’elles travaillent ensemble. L’ENSP qui a engagé depuis déjà trois ans une réflexion sur la programmation du nouveau bâtiment et qui a déjà imaginé dans le détail ses nouveaux modes de fonctionnement est prête pour cette indispensable mutation à laquelle elle aspire et qui, seule, lui permettra de demeurer, au niveau souhaitable, l’institution unique et irremplaçable qu’elle est depuis son origine.
La nomination d’un nouveau président à la tête de l’établissement public ENSP, bientôt celle d’un nouveau directeur et d’un directeur des études devraient être l’occasion de donner une impulsion vigoureuse à cet ambitieux projet dont, dans toute la mesure du possible, l’ENSP au cours des six dernières années a anticipé et acclimaté l’impact qu’il pourrait avoir sur une mutation dont il importe une dernière fois de rappeler, presque solennellement, qu’elle est foncièrement indispensable.
Patrick Talbot
Directeur
Septembre 2009


